• Discours de Renaud Donnedieu de Vabres, ministre de la culture et de la communication -Remise des insignes de Chevalier dans l’ordre des Arts et Lettres à S.Melchiori 19 déc.2005

    Posted on 29 janvier 2018 by stephen in Manufactor.

    Discours de Renaud Donnedieu de Vabres, ministre de la culture
    et de la communication, prononcé à l’occasion de la remise des
    insignes de Chevalier dans l’ordre des Arts et Lettres à Stephen
    Melchiori
    Lundi 19 décembre 2005
    Cher Stephen Melchiori,
    Il a fallu les Rencontres pour l’Europe de la culture pour que nous
    rencontrions et que votre remarquable parcours, votre créativité, votre
    professionnalisme, et votre passion pour le cinéma soient enfin
    reconnus par la République
    C’est que vous ne cherchez pas les honneurs. Vous avez la modestie
    de ceux qui travaillent dur, qui mesurent les enjeux et les défis de
    notre temps et décident de les relever. Je crois aussi que votre
    modestie est celle des hommes qui, patiemment, dans l’ombre plutôt
    que dans la lumière, construisent de grands projets.
    Vous aimez les acteurs, les réalisateurs et tous les techniciens du
    cinéma, photographes, monteurs, musiciens. Et vous avez consacré
    votre vie à les faire connaître dans le monde. Vous avez leur
    reconnaissance, puisqu’ils sont nombreux aujourd’hui à vous
    entourer, vous et votre famille. Deborah Kerr en personne vous a
    manifesté sa gratitude, lors d’un festival, en vous prenant dans ses
    bras !
    Vous aimez vous définir comme un « fan » de cinéma parmi d’autres,
    et votre vocation fut de mener les plus grandes étoiles du cinéma à la
    rencontre de leur public, pour le plus grand bonheur des spectateurs
    et des acteurs eux-mêmes. Ce public aussi vous est reconnaissant,
    qui se déplace nombreux aux festivals et aux rencontres que vous
    organisez.
    Vous qui, depuis de nombreuses années, travaillez dans l’ombre au
    rayonnement mondial du cinéma français, vous méritez bien,
    aujourd’hui, ici, d’être, si je puis dire, sous les feux de la rampe !
    Oui, le cinéma français, la culture française, vous doivent beaucoup.
    C’est vous qui avez fait de la montée des marches du Palais des
    festivals à Cannes l’un de ces moments magiques qui rythment la vie
    du septième art. Je rappelle qu’à Unifrance, auprès de Daniel Toscan
    du Plantier, dont je tiens à saluer ici la mémoire, vous avez lancé le
    festival du film français de Yokohama, le festival du film francomexicain
    d’Acapulco, et le Festival international du film de Marrakech.
    Je sais l’importance de votre compagnonnage. Je sais combien vous
    lui êtes redevable et l’affection que vous lui portez et qu’il n’a cessé
    de vous témoigner.
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    Enfin, c’est vous qui avez grandement contribué à organiser les 2 et 3 mai
    derniers, les Rencontres pour l’Europe de la culture, qui, au fil des ans,
    contribueront, j’en suis convaincu, au renouveau et à l’approfondissement
    de la culture européenne.
    Derrière ces événements, dont les images font rêver les hommes aux
    quatre coins du monde, et les unissent dans une même passion, c’est
    bien vous qui étiez là, patient artisan de la magie qui entoure la rencontre
    des artistes et de leurs publics. Dans des pays lointains, auprès de publics
    dont on aurait pu craindre qu’ils soient plus attirés par Hollywood que par
    les studios français, vous avez prouvé que notre cinéma reste un cinéma
    universel.
    Au fil de ces rencontres, vous avez pu mesurer combien la diversité
    culturelle a un avenir, non pas en tant que fermeture des cultures sur
    elles-mêmes, mais en tant qu’échange, respect et curiosité entre cultures
    différentes. Vous avez touché du doigt ce fond d’humanité commun que
    les grands artistes représentent dans leurs oeuvres, que les étoiles du
    cinéma incarnent à l’écran, et qui se manifeste concrètement lors des
    festivals internationaux.
    Je voudrais souligner enfin votre courage. A Marrakech, où vous étiez le
    11 septembre 2001, vous avez oeuvré au maintien du festival du film
    international que vous organisiez pour la première fois quelques jours plus
    tard et que certains voulaient annuler.
    Finalement décidé par le roi Mohammed VI, le maintien du festival restera
    comme un symbole du lien et du dialogue entre les cultures, un lien qui
    est plus fort que tous les actes de terreur qui cherchent à le rompre. Et
    sans doute avez-vous été justement récompensé de ce courage par les
    lumières de joie qui ont brillé ces jours-là dans le regard des jeunes
    Marocains ayant pu approcher, grâce à vous, leurs acteurs préférés.
    Merci, donc, cher Stephen, pour ces moments de rêve imaginés pour faire
    rayonner notre culture. Jean Cocteau disait, à propos de l’une des
    premières éditions du festival de Cannes, qu’il est comme un
    « microcosme de ce que serait le monde si les hommes pouvaient […]
    parler la même langue ». Puisse ce microcosme s’agrandir et franchir
    toujours plus de frontières !
    Cher Stephen Melchiori, au nom de la République, nous vous faisons
    Chevalier dans l’ordre des Arts et des Lettres.

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